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Hoël Duret
 
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bio
Hoël Duret
par Julie Crenn
artpress n°449, novembre 2017


Entre 2006 et 2011, Hoël Duret étudie à l’école supérieure des beaux-arts de Nantes. Progressivement la notion de bricolage prend de l’ampleur dans sa pratique : il s’approprie et réinterprète au moyen de matériaux pauvres les œuvres modernistes. L’architecture, l’outil et le Do it yourself structurent sa pratique, comme le démontre par exemple la double édition I CAN DO ANYTHING BADLY (2013-2014). L’œuvre collective interroge la perte des savoir-faire et les pratiques amateurs au sein d’une histoire sociale et esthétique du bricolage en Occident. Les premières œuvres trouvent un écho manifeste dans sa démarche actuelle, où, dans un même sillage d’artistes comme Marcel Broodthaers, Robert Filliou, Éric Duyckaerts, Jacques Julien ou encore Laure Prouvost, l’échec rime avec ironie et esprit critique.
Hoël Duret construit une pensée protéiforme dont l’objet principal est l’acte de création même. Pour cela, il s’inscrit dans le champ de l’absurde, celui de l’artiste idiot, maladroit, dont les visions sont systématiquement mises en échec. Sous la surface burlesque et souvent drôle, il déploie une pensée critique à l’encontre d’un élitisme intellectuel, des esthétiques dominantes et des références sacralisées qui font autorité. Il circule ainsi entre les territoires en convoquant aussi bien le cinéma, le design, la danse, la peinture, la musique ou l’architecture. Sa réflexion plastique et critique se développe en différents « projets tiroirs » au sein desquels la fiction et la narration jouent un rôle central. Chaque projet adopte différentes formes correspondant à différentes étapes de narration donnant lieu à des installations, vidéos, performances, éditions, peintures ou sculptures. Ils sont construits comme des films avec un scénario, des scènes, des personnages identifiés, des décors. L’histoire des arts y est aussi extrêmement présente. Entre hommages et irrévérences, l’artiste distille des clins d’œil dans chacun de ses objets, décors, gestes ou plans. Entre 2013 et 2015, il s’engage dans La Vie Héroïque de B.S., l’histoire d’un designer confiant à qui l’on confie l’absurde mission de parfaire les propriétés et la forme de l’œuf de poule. Le projet donne lieu à trois expositions (sculptures, peintures, installations) et à un opéra vidéo composé de trois actes. Hoël Duret y installe une parodie critique de l’esthétique moderniste dont les références sont omniprésentes. De Jacques Tati à la création industrielle, en passant par le design italien des années 1960 et Le Corbusier, il opère à un véritable collage référentiel visant une idéalisation d’un passé glorieux baigné des grandes utopies. Plus récemment, il présente UC-98 (2016), une nouvelle œuvre tentaculaire dont le sujet principal est un câble de fibre optique sous-marin à partir duquel des personnages sont activés : deux danseurs, des méduses en plastique et une sirène à la retraite. Ici, l’artiste explore davantage notre rapport à l’information, ses modes de diffusion et son impossible digestion. À travers ses différents projets, Hoël Duret envisage la création et le rôle de l’artiste avec une grande liberté et une vision multiforme qui tend vers un art total dénué de toute autorité.





Extérieur nuit ou les nouveaux storyboards
par Mai Tran
revue 303 n°138, portfolio spécial d'Hoël Duret

« Une œuvre est à la fois l’ordre et sa ruine. Qui se pleurent. »
Jacques Derrida, Mémoires d’aveugle. L’autoportrait et autres ruines, Paris, Réunion des musées nationaux, 1990.

L’univers artistique d’Hoël Duret est résolument immersif : il évoque l’image et sa fabrication, révèle une histoire des formes, crée des récits inventés, catalysés par des personnages potentiellement réels. Ces quatre compositions visuelles en forme d’étapes primitives à un film futur configurent les prémisses d’un scénario, ses maquettes de décor, ses recherches d’ambiance, son mood-board en quelque sorte. Elles n’en demeurent pas moins représentatives des fondements du travail de l’artiste, où bricolage et do-it yourself convergent vers une relecture de l’histoire de l’art, de l’architecture et du design.

Entre abstraction minimale et pop éclatante, les années quatre-vingt s’invitent au tournant des pages sur la question du motif et de la couleur, posée en référence aux préoccupations du Memphis group1. Le légendaire collectif de designers et d’architectes fondé en Italie en 1980, notamment par Ettore Sottsass, prit la liberté d’instituer la couleur comme intégrative de l’objet même, la créditant de tous les attributs culturels possibles, du pur matériau symbolique à l’expression d’un contexte historio-géographique plus spécifiquement américain. La série d’Hoël Duret intitulée Colored fields (2012), constituée de monochromes d’acrylique grattée selon les lignes formées par les zones d’irrigations du désert américain, convoque elle aussi cette question de la couleur, au centre du travail. Avec le motif, les enjeux esthétiques se déplacent ainsi de l’art minimal au pop art, à travers un large spectre de médiums et de dispositifs : de l’installation à la scénographie, du décor exposé au tournage de cinéma, tels que l’on aura pu les découvrir dans le complexe et majeur opéra La Vie héroïque de B.S. Réalisée sur deux années et exposé en trois « actes » au Frac des Pays de la Loire, à Mosquito Coast Factory et à la Zoo Galerie2, l’œuvre réinvente la figure illustre du designer franco-américain Raymond Loewy3, père des logos Lucky Strike, Shell et Spar pour n’en citer que quelques-uns.

Etrange et abstrait, le langage visuel de cette préfiguration de scénario s’inspire de multiples références : des patterns de la mode des eighties au style graphique de Jean-Paul Goude, des décors lumineux de Broadway à Memphis, des Arts déco au baroque de John Galliano.
Le film à venir racontera l’obsession pour la couleur et le motif d’un Américain vendeur de peintures qui débarque de Miami à Brest, en quête des architectures art déco qui émaillent les côtes bretonnes. Face à une France des années trente « blanche », déceptive et aseptisée, ses cauchemars s’emplissent de bizarres danses costumées qui trahissent un état psychique troublé…
A travers cette nouvelle constellation de personnages et de décors bigarrés, Hoël Duret, après l’opéra La vie héroïque de B.S., poursuit l’invention par le récit filmé d’une histoire des formes relue à l’aune de la contemporéanité.


1 Le Memphis group fut un mouvement de design et d’architecture influent, fondé à Milan par Ettore Sottsass le 11 décembre 1980, a ensuite compté parmi ses membres Michele De Lucchi, Matteo Thun, Marco Zanini, Aldo Cibic, Andrea Branzi, Shiro Kuramata, Michael Graves, Javier Mariscal, Barbara Radice, Martine Bedin, George J. Sowden, Masanori Umeda et Nathalie du Pasquier. Il s’est dissout en 1988

2 La Vie héroïque de B.S. Un opéra en trois actes, 2013-2015 – Acte 1 : As a Tribute – Acte 2 : Le dilemme de l’œuf – Acte 3 - Les sirènes de Corinthe

3 à lire, entre autobiographie narcissique et candide traité théorique, le best seller de Raymond Loewy, La Laideur se vend mal (1953), Paris, Gallimard, Collection Tel (n° 165), 1990





Modernism Begins at Home
par Antoine Marchand
Catalogue Instantané 84 - Hoël DURET, La vie héroïque de B.S. - Acte 1 : As a tribute…, avril 2014, éditions FRAC des Pays de la Loire

Nourri, comme nombre d’artistes de sa génération, par les théories postmodernes – du High & Low californien au décloisonnement conceptualisé notamment par Jean-François Lyotard –, Hoël Duret n’a que faire des frontières, hiérarchies et autres classifications et préfère penser sa pratique dans un expanded field, un contexte élargi mêlant sans vergogne des éléments issus de multiples champs culturels. Aucune appréhension chez lui, donc, lorsqu’il s’empare d’icônes et de références incontournables qu’il prend un malin plaisir à s’approprier pour mieux les disséquer. Dans Build your own landscape par exemple, vidéo réalisée durant un séjour à Marfa en 2011, il expliquait comment « construire » un paysage, en revenant sur la typologie classique du genre, à savoir le cloisonnement territorial, l’expérience de la route, l’échappée et la prise de hauteur, soulignant l’artificialité de la condition paysagère américaine. Avec Monade Island Project, expérience collective menée en 2011 – dont une des formes s’inspirait du mythique projet de ville futuriste de Walt Disney baptisée EPCOT, pour « Experimental Prototype Community Of Tomorrow » –, il envisageait une proposition rationnelle de construction en rupture avec le monde contemporain, qui faisait immanquablement écho aux utopies modernistes et autres expériences communautaires alternatives.
Par ailleurs intéressé par les questions de bricolage et leurs corollaires – Do It Yourself, construction amateur… –, le jeune Duret développe depuis quelques années un corpus qui s’articule autour de ces différentes formes d’expression, pas tant pour les esthétiques qu’elles véhiculent que pour ce qu’elles racontent du fonctionnement de notre société. Ainsi de sa récente édition I CAN DO ANYTHING BADLY, Faire sans savoir est un sens commun, dans laquelle il s’attache à écrire une « petite histoire éclairée du bricolage », à travers divers courants, époques et pays – de l’Arts & Crafts britannique aux mouvements de contre-culture américains, en passant par le Bauhaus allemand. Ainsi également de Sans titre (L'information est une vocation), ensemble de 132 dessins réalisé en 2012, qui établit la notice technique de transformation d’un panneau d’affichage urbain en refuge habitable, appliquant la souplesse et l’adaptabilité du DIY à l’urgence du quotidien en pointant au passage une certaine esthétique survivaliste récurrente aujourd’hui. Quant à l’installation Schön und Modern (2012), elle concentre, en quatre maquettes d’architectures modernistes emblématiques réalisées en bois de récupération, nombre des problématiques soulevées ces dernières années par l’artiste. En ramenant ces réalisations iconiques à leur plus simple expression, il en soulignait notamment la justesse de l’équilibre et des proportions – tel un morceau de musique surproduit qui garderait toute son efficacité une fois dépouillé de ses arrangements superflus. Néanmoins, malgré la convocation et la manipulation de ces canons référentiels, Hoël Duret ne verse pas dans la simple fascination pour les formes – issues notamment du modernisme –, travers caractéristique d’une certaine frange de la création contemporaine. Il se place plutôt en héritier critique, privilégiant aux utopies collectivistes des propositions concrètes et réalisables.

« La vie héroïque de B.S. », son dernier projet en date, se veut une poursuite logique de ces différentes réflexions, tout en faisant preuve d’un souffle jamais rencontré encore dans son travail. L’artiste propose en effet, par le biais d’une épopée au long cours, un point de vue tout personnel sur l’axiome moderniste, dénué d’ironie ou d’arrogance, mais affranchi de toute inhibition. Cependant, plutôt que d’élaborer une analyse classique et argumentée, il a choisi de prendre la tangente et de l’aborder de manière détournée. Périlleuse sur le papier, cette tentative se révèle au final extrêmement jouissive. Hoël Duret s’est attelé à la rédaction d’une fiction épique, une « aventure » qui lui laisse une grande liberté d’interprétation pour prendre ses distances avec la grande Histoire et s’attarder sur les marges, ce qui n’est d’ordinaire pas traité. Maniant à merveille l’art du storytelling – au sens premier du terme –, il nous invite à suivre les pas d’un personnage dénommé B.S. – un hommage à Raymond Loewy ? –, décrit comme un « designer conscient des enjeux de son époque qui porte un regard analytique sur les expériences du design post-seconde guerre mondiale ». En délégant cette expérience iconoclaste à un personnage fictionnel, il instaure de fait une mise à distance critique, une subtile ambigüité entre son statut et celui de son alter-ego : B.S. est-il un simple avatar d’Hoël Duret ? Ce dernier se place-t-il en narrateur omniscient ? En regardeur détaché ?
L’artiste s’est emparé d’un format atypique pour organiser son récit, selon une logique épique et romanesque rappelant les « Gesamtkunstwerken » du XIXe siècle. À la manière des Who, qui avaient transposé la structure de l’opéra au rock ‘n’ roll au moment de l’écriture de Tommy (1969) et Quadrophenia (1973), il a donc « composé » un opéra en trois actes, chacun d’eux revenant sur un moment particulier de la vie de ce designer rigide jusqu’à l’absurde qu’est B.S. Construction narrative et analyse critique s’échafaudent ainsi simultanément, rendant le fond et la forme réellement indissociables. L’exposition sert en effet de décor à la captation vidéo – mêlant documentaire et fiction – de cet opéra tourné au sein de l’espace d’exposition, alors que le format même de l’opéra permet lui d’organiser l’ensemble du récit. Néanmoins, loin de fonctionner en vase clos, cette structuration quasi-tautologique renforce au contraire l’ampleur et l’ambition de la démonstration. Quelle meilleure forme en effet que l’opéra, lieu de l’artifice, de la mise en scène et de la grandiloquence, comme cadre structurel de ce projet ? Le découpage narratif exposition/nœud/dénouement permet de suivre la lente et irrémédiable chute de ce loser magnifique, tellement empêtré dans ses convictions qu’il est incapable de modifier sa façon de penser.
L’étape présentée au FRAC Pays de la Loire, intitulée « As a Tribute… », permet ainsi de faire plus ample connaissance avec ce fameux B.S., analyste rationnel du design moderne et postmoderne. S’y déploie un ensemble de pièces qui cherche à faire la synthèse des formes et matériaux du design des soixante dernières années, un inventaire convoquant pêle-mêle les volumes et matériaux de la Farnsworth House de Mies Van der Rohe, les empiètements d’Autoprogettazione d’Enzo Mari, les dessins de Josef Albers ou bien encore les reliefs de façade de Marcel Breuer. Autant de projets emblématiques du modernisme réunis au sein d’une installation composite qui rejoue l’environnement domestique. Toutefois, au lieu de souligner les prouesses techniques et la validité de ces différentes réalisations, c’est plutôt leur précarité et leur inefficience qui est ici mise en avant, rappelant notamment les dysfonctionnements de la célèbre Villa Arpel pensée par Jacques Tati dans son film Mon Oncle (1958). La démonstration de B.S. atteint vite ses limites et relègue ces icônes à une accumulation un peu vaine, de simples coquilles vides. Hoël Duret nous rappelle par là même que les héros modernistes furent également et avant tout des inventeurs, avec tout ce que cela pouvait comporter d’erreurs, d’essais infructueux et autres échecs ; son personnage en étant l’ultime parangon, figure pétrie de certitudes dont l’assurance et la mauvaise foi confinent parfois au pathétique. Cet exercice de déconstruction jubilatoire interroge par ailleurs notre propre rapport à ces formes innovantes héritées du vingtième siècle, souvent proche de la fétichisation. Si le volet inaugural présenté à Carquefou s’attarde donc sur l’amorce de l’intrigue et la présentation du principal protagoniste, les deux actes suivants – respectivement intitulés « le dilemme de l’œuf » et « les sirènes de Corynthe », titres qui paraissent tout droit sortis d’albums de Tintin – verront B.S. perdre toute conviction, basculer peu à peu dans la folie et se lancer dans une quête mystique qui l’amènera à travailler seul, privilégiant à ses convictions profondes une approche autodidactique, basée sur l’expérience.

Cette approche totalement décomplexée permet à l’artiste d’écrire sa propre histoire du modernisme en exploitant à plein l’indéniable potentiel fictionnel de ce mouvement. Une manière extrêmement habile de boucler la boucle et d’entremêler la rigueur moderniste et la souplesse des pratiques de construction amateurs, en confrontant la Sainte Trinité fonctionnalisme / rationalisme / puissance de la forme de la première à la logique vernaculaire et anticonsumériste de la seconde. Un peu comme si l’on cherchait à comprendre une symphonie de Gustav Malher avec la grille de lecture de la musique punk. Cette conception empirique des choses lui permet, l’air de rien, en nous narrant les rocambolesques aventures de ce personnage loufoque et attachant, de poser un regard neuf sur une antienne moderniste tellement citée, convoquée et analysée qu’elle semble aujourd’hui n’être plus qu’un simple gimmick, vide de sens. En évitant l’impasse formaliste, il parvient pourtant à dépoussiérer notre rapport actuel au modernisme et à son héritage, tout en s’interrogeant, dans une démonstration aussi ludique que magistrale, sur notre relation ambiguë aux formes du quotidien, aux objets qui nous entourent.


(1) Jean-François Lyotard, La Condition postmoderne, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Critique », 1979.
(2) Le bâtiment de l’école du Bauhaus de Dessau par Walter Gropius (1926) ; le pavillon allemand de l’exposition internationale
de Barcelone par Ludwig Mies van der Rohe (1929) ; la Villa Savoye par Le Corbusier (1931) et le siège de l’ONU par Oscar Niemeyer (1951).






Hoël Duret, Acte 1, La vie héroïque de B.S. : As a tribute...
par Eva Prouteau
02point2, n°2, décembre 2013

Le titre de l’exposition d’Hoël Duret au Frac des Pays de la Loire mime l’hommage au destin d’un grand homme : « La vie héroïque de B. S. : As a tribute... ». Le carton d’invitation se veut énigmatique — un homme joue au golf, corps cabré d’après le swing, la balle est partie, il suit sa trajectoire du regard ; une jeune femme téléphone dans son salon, allongée par terre et les pieds en l’air ; tout a l’air sixties et cossu. Quelques notes atmosphériques pour une histoire qui se raconte à travers le prisme du modernisme : Hoël Duret met en place l’univers d’un film à venir et de son héros de fiction, le mystérieux B.S. du titre, qui nous est décrit comme un designer victime de ses certitudes, sans recul face à une pensée moderne dont il aurait maladroitement digéré les codes. Ce que nous découvrons salle Mario Toran est donc un décor qui révèle les obsessions du personnage : foisonnante, l’installation composite déploie dans l’espace un inventaire pléthorique de matériaux et des références formelles plus ou moins lisibles. Une grande structure en bambous reprend la Farnsworth House de Mies van der Rohe, un piétement en bois évoque Enzo Mari, et ailleurs sont déclinés un paravent d’Eileen Grey, des éléments de la facade du Whitney Museum de Marcel Breuer, le vitrail de l’aéroport JFK...
Seulement, force est de constater que le mixage de ces samples référentiels est maladroit, et que certains détails font basculer les choses vers le kitsch : une brassée de fausses bûches reliées par des liens de serrage en plastique, une mini-colonne ornementale façon déco de restaurant, du formica aux motifs de marbre écœurants... La réalisation n’aide pas à corriger cette sensation de collage indigeste : beaucoup d’approximations et une propension au « mal fait » assez manifeste, dans laquelle on reconnaît l’artiste derrière le personnage. Dans toute cette accumulation de ratages conscients, se lit alors le projet d’Hoël Duret : déconstruire le rapport à la fascination des formes modernistes tout en clamant son attachement profond à ces dites formes. En remettant l’accent sur des processus de fabrication, en réinjectant du craft dans l’objet industriel, Hoël Duret rend impossible la propagande que véhiculent ces formes du design — mais il le fait avec tendresse, en passant par l’humain. La fiction lui sert de médium : son personnage, idolâtre et compulsif, incarne le scénario d’une désorientation et quitte peu à peu l’idéologie pour rencontrer le mysticisme. Un vaste programme qui va nourrir les trois actes d’un opéra filmé : le décor exposé au Frac joue presque le rôle du personnage principal dans le premier acte, la suite est à venir au musée des Beaux-Arts de Mulhouse en juin 2014.